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Seine-Saint-Denis Le Mag - 14 novembre 2017

 

 

Dyana Guaye, d'ici ou d'ailleurs

Seine-Saint-Denis Le magazine : le 14 novembre 2017 

A 42 ans, cette réalisatrice franco-sénégalaise qui a grandi à Bagnolet siège pour la première fois dans le jury du festival Cinébanlieue. Elle nous livre son regard sur la Seine-Saint-Denis et dit son admiration devant les films en compétition, dont le palmarès sera dévoilé vendredi 17 novembre.


 

Elle se dit bluffée par la qualité des films en compétition de la 12e édition du festival Cinébanlieue. « C’était vraiment une sélection d’une grande tenue. Chaque film avait quelque chose à défendre, donnant à voir différents territoires, des formes singulières et des écritures personnelles. Qu’un festival pareil se déroule en Seine-Saint-Denis, c’est très positif. »

La Seine-Saint-Denis, Dyana Gaye la chérit. Cette citoyenne du monde a beau revendiquer venir d’ « un pays qui n’existe pas » – le métissage – son coeur bat quand même un peu plus vite quand il est question du 93.

Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement ? Comme Laurence Lascary, productrice et présidente du jury de cette année du festival Cinébanlieue, Dyana Gaye est un pur produit de la Seine-Saint-Denis. Elle qui a grandi à Bagnolet, qui y a fait son école primaire et son collège, s’est ensuite formée au cinéma à la fac de Paris 8 à Saint-Denis. « Un beau souvenir. J’avais choisi Paris 8 parce que je trouvais ça intéressant d’avoir des enseignants qui étaient eux-mêmes actifs dans l’industrie du cinéma. Et j’ai gardé des liens forts avec beaucoup d’étudiants de l’époque, comme ma monteuse Gwen Mallauran, avec qui je fais tous mes films »

TRIPLE CULTURE

Depuis, la jeune étudiante a parcouru un sacré bout de chemin. Prix du Jury au festival de Clermont-Ferrand pour son court métrage « Deweneti », Grand Prix et prix du public au festival d’Angers du premier film pour « Des Etoiles », sorti en 2014… Mais celle qui travaille actuellement à son deuxième long-métrage et est toujours par monts et par vaux, revient toujours avec plaisir dans sa Seine-Saint-Denis, où vivent encore ses parents.
« C’est un endroit qui a une vraie énergie et une politique d’éducation très volontariste. Je me souviens encore des résidences d’artistes dans les collèges (portées par le Conseil départemental, ndlr) auxquelles j’ai moi-même participé : c’est exactement ce qu’il faut à des gamins qui ne demandent qu’à prendre confiance en eux, à s’ouvrir sur le monde » En comparaison, les Yvelines où cette amoureuse de la nature, mariée à un maraîcher, a choisi de prendre racine il y a une dizaine d’années, lui paraîtraient bien passives… « Bon après, il ne faut pas enjoliver à l’excès, il y a aussi des choses qui se dégradent dans le 93, avec des services publics qui sont malheureusement mis en danger par les baisses de subvention », tempère-t-elle.

Pour l’instant, le département n’apparaît pas encore dans ses films, Dyana Gaye lui ayant préféré une exploration plus large de son identité. Il faut dire qu’avec un père sénégalais, arrivé en France dans les années 70 et une mère italo-malienne, le terrain de jeu est grand. « Pratiquement tous mes films explorent jusqu’ici ma double, voire triple culture entre la France, le Sénégal et l’Italie. C’est quelque chose que j’ai toujours considéré comme une richesse et que m’a transmise ma famille », dit celle qui regrette seulement de ne pas savoir parler wolof, qui était « la langue secrète de nos parents. »

« Album », le nouveau film sur lequel elle travaille, s’inscrit dans la veine de cette double culture : il montrera le voyage d’une Afro-américaine originaire de la Nouvelle-Orléans vers Saint-Louis du Sénégal, sur fond de musique des deux lieux et de problématiques communes : la menace des eaux, la mémoire de l’esclavage. « Je voulais parler de voyages, de quête d’identité, et pas juste d’immigration. On raconte toujours le Sud qui va vers le Nord, c’est le chemin inverse qui se dessinera dans mon film », explique celle qui, dans son premier long-métrage « Des étoiles », entamait déjà une réflexion sur la circulation contrariée dans le monde.

« Un sujet qui retient particulièrement mon attention, c’est l’empêchement de circuler que les frontières et les origines dessinent dans notre monde. J’insiste : l’empêchement de circuler, et pas juste d’immigrer. Ainsi, un jeune Sénégalais a envie de découvrir le monde comme tout un chacun, et néanmoins, on va toujours le taxer d’une volonté d’immigration. »

DES RÔLES ENCORE TROP STÉRÉOTYPÉS

Si Dyana Gaye n’a pas réfléchi deux fois avant d’accepter de siéger au jury de Cinébanlieue, c’est aussi en raison du focus de la manifestation de cette année : « Les lumières noires », et donc en creux la trop grande invisibilité des minorités sur les écrans français. « Oui, la France a du retard là-dessus, c’est incontestable. Quand on en est encore à faire des films comme « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? », qui est littéralement un tissu de clichés sur les minorités, il n’y a pas de quoi pavoiser. Alors, bien sûr, d’autres cinémas émergent, comme les documentaires d’Alice Diop. Il n’empêche : les jeunes Français noirs ou d’origine maghrébine voient encore trop peu de rôles qui leur ressemblent et dans lesquels ils pourraient se projeter... »

Voilà pourquoi adolescente, Dyana Gaye s’est plutôt tournée vers le cinéma américain. « J’y trouvais plus de points d’identification. Des films comme ceux de Spike Lee donnaient par exemple à voir des personnages qui me ressemblaient », se souvient-elle. Et la réalisatrice de tresser un vibrant hommage à la Nouvelle-Orléans, où elle tournera en février 2018, à l’occasion des défilés de Mardi-Gras. 
Une « ville au métissage extraordinaire et une ville de résistance » après le passage de l’ouragan Katrina. On lui fait remarquer que ces valeurs, « métissage » et « résistance », pourraient parfaitement s’appliquer à la Seine-Saint-Denis. L’intéressée nous décoche un sourire d’assentiment. Peut-être le parc des Guilands ou le marché de la place Salvador-Allende de Bagnolet ne vont-ils pas tarder à accueillir les caméras de Dyana Gaye…

Christophe Lehousse
Photo : @Willy Vainqueur

La cérémonie de remise des prix aura lieu vendredi 17 novembre à 19h au cinéma UGC Ciné Cité Paris 19e, suivi de l’avant-première de la comédie de Lucien Jean-Baptiste « La deuxième étoile ». Neuf courts-métrages étaient cette année en compétition à Cinébanlieue.
 
 
http://lemag.seinesaintdenis.fr/Dyana-Gaye-d-ici-et-d-ailleurs

Qui sommes-nous ?

Créé en 2006, un an après les révoltes sociales qui ont embrasé les périphéries des grandes villes, le festival Cinébanlieue est né du constat qu’il n’existait pas de grandes manifestations consacrées à la banlieue vue sous l’angle de sa richesse sociale, culturelle et économique. Celui-ci entend prouver que la représentation de la banlieue et de ses habitants ne se résume pas à ce que les médias veulent bien montrer.

Ce festival offre une toute autre vision de ce qu’est la banlieue. Il s’agit principalement de montrer cet espace comme étant un lieu d’inspiration et d’épanouissement artistiques, et non plus comme source de tensions et de destruction. Aux côtés d’une sélection de films en compétition, il propose un panorama de films sur un thème d’actualité ; chaque année un cinéaste français ou étranger est choisi pour être l’invité d’honneur.

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