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Le JSD - 13 novembre 2019

Le JSD - 13 novembre 2019

 

Cinébanlieue / Banlieue à l'écran, un pari gagnant

Le JSD // le 13 novembre 2019

Maxime Longuet

 Cinébanlieue / Banlieue à l'écran, un pari gagnant


Les films tournés en banlieue ont la cote. Ce succès n’est-il qu’un écran de fumée ? À l’occasion du festival Cinébanlieue qui se tient jusqu’au 15 novembre, le JSD a tenté d’apporter un éclairage sur la question.

Leur succès auprès du public est indéniable, en témoigne le nombre d’entrées qu’ils génèrent dans les salles obscures. La Vie Scolaire long-métrage de Grand Corps Malade et Mehdi Idir sorti en août 2019 et Hors Normes, nouveau film du duo Toledano-Nakache en salles depuis trois semaines, sont deux cartons qui cumulent respectivement 1 756 530 et 1 146 485 (après deux semaines d’exploitations) d’entrées au box-office.
 
Si l’on ajoute le classique La Haine en 1995 de Mathieu Kassovitz et ses deux millions d’entrées, L’Esquive d’Abdellatif Kechiche, cinq fois primé aux Césars en 2005 et le probable succès des Misérables de Ladjy Ly au cinéma le 20 novembre prochain, il ne fait aucun doute que les « films sur la banlieue » séduisent les Français.
 
 
Comment expliquer un tel engouement pour ce qui se trame de l’autre côté du périphérique parisien ? « Le thème de la banlieue est en réalité un thème pluriel. Ces films traversent toutes les problématiques de la société mais elles sont présentées du point de vue des dominés, analyse Aurélie Cardin, la déléguée générale de CinébanlieueLa raison de leur succès tient dans le talent des réalisateurs et acteurs, dans cette réflexion qu’ils apportent sur la société et parce qu’ils représentent des populations qui sont peu ou mal représentées et dont ils sont eux mêmes issus la plupart du temps. Les jeunes de banlieue sont de gros consommateurs de cinéma et ont besoin de se voir à l’écran, ils viennent chercher des modèles ».
 
Malgré les recettes engendrées et un relais médiatique facilitateur, ces succès cinématographiques ne sont que la partie immergée de l’iceberg. « Les distributeurs et producteurs sont moins réticents à accompagner ces films, certes, mais leur succès n’est pas non plus automatique, rapporte Aurélie Cardin qui fait remarquer : Dans la filmographie française annuelle, ces films sont en réalité très minoritaires. D’où notre rôle en tant que festival de dénicher des talents en banlieue ».
 
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La tour qui cache le quartier

Quelle que soit la notoriété, le parcours ou le talent des réalisateurs, le nerf de la guerre est l’accès aux financements. « Dans le cas de La Haine, n’oublions pas que Vincent Cassel et Mathieu Kassovtiz sont des fils d’acteur pour le premier et de réalisateur pour le second. Même si cela n’enlève rien à leur authenticité ou leur talent, cela a un impact sur la production, l’accompagnement et la réception du film, avance Aurélie Cardin. Pour Grand Corps Malade et Mehdi Idir c’est différent. Fabien Marsaud avait préparé le terrain avec sa musique, son livre, son premier film Patients… Ce n’était pas une prise de risque pour la production qui a acheté un nom comme Netflix avec Kery James et son film Banlieusards dont aucune chaîne française n’a voulu par ailleurs… »
 
 
Mais ces grands succès cachent une multitude d’œuvres. Pour une réussite en salles combien de projets obtiennent une même visibilité ? Avant La Haine, de nombreux pionniers s’étaient déjà exprimés caméra au poing. Mehdi Charef en fait partie avec Le Thé au harem d’Archimède, produit par Costa-Gavras, tourné aux 4000 de La Courneuve et qui à sa sortie en 1985 entre en résonnance avec les émeutes de Vénissieux, Villeurbanne et Vaulx en Velin du début des années 1980. « Charef est l’un des premiers à mettre la banlieue en avant, mais il n’a pas eu le succès auprès du public malgré le prix Jean Vigo qu’il a reçu », note Aurélie Cardin. 
 

Batailler encore

Beaucoup d’œuvres ont tenté de s’emparer des thématiques liées à la vie en banlieue : Toni Gatlif avec Les Princes en 1983 tourné là encore à Saint-Denis, Hexagone de Malik Chibane sorti en 1994 et tourné à Goussainville, État des Lieux en 1995 de Jean-François Richet, œuvre tournée également en noir et blanc et éclipsée par La Haine dont la sortie a marqué un avant et un après mais n’a pas tout réglé.
 
En 1999, Jacques Doillon sort Petits Frères réalisé aux Courtillières à Pantin. Il bénéficie d’une sortie multiplex mais n’a pas rencontré le succès escompté. Rabah AmeurZaïmeche a dû autoproduire le très bon Wesh wesh qu’est ce qui se passe (2001) filmé aux Bosquets. L’Esquive de Kechiche tourné à Saint-Denis avec seulement 600 000 euros de budget aura dû être césarisé pour bénéficier d’une seconde sortie en salle…
 
« Ce sont toujours des batailles », souffle Aurélie Cardin. La galère avant la gloire, c’est peut-être ce qu’est en train d’expérimenter Ladj Ly. Le réalisateur de Montfermeil n’a pu bénéficier d’une avance sur recettes auprès du CNC pour Les Misérables, malgré un talent déjà reconnu et 20 ans de création derrière lui. « Cela pose un problème de représentativité dans nos institutions, même si cela commence à bouger. La France a beaucoup de retard qu’elle doit rattraper très vite ».
 
 
Seule une aide à la création de musique originale a été accordée par la commission présidée par… Grand Corps Malade. Le cinéma sur la banlieue peut-il pour autant n’être qu’un bon filon à exploiter, en somme peut-on la réduire à une niche bankable ? C’est peu probable pour la fondatrice du festival Cinébanlieue.
 
« Ces films ont du succès car ils viennent de voix singulières, affirme Aurélie Cardin. Nakache et Toledano avaient cette idée de Hors Normes depuis 20 ans. Ce sont des gens qui ont côtoyé Stéphane Benhamou du Silence des Justes quand ils étaient animateurs de colonies de vacances. Les films dits de banlieue sont des aventures humaines avant tout. »
 

Qui sommes-nous ?

Créé en 2006, un an après les révoltes sociales qui ont embrasé les périphéries des grandes villes, le festival Cinébanlieue est né du constat qu’il n’existait pas de grandes manifestations consacrées à la banlieue vue sous l’angle de sa richesse sociale, culturelle et économique. Celui-ci entend prouver que la représentation de la banlieue et de ses habitants ne se résume pas à ce que les médias veulent bien montrer.

Ce festival offre une toute autre vision de ce qu’est la banlieue. Il s’agit principalement de montrer cet espace comme étant un lieu d’inspiration et d’épanouissement artistiques, et non plus comme source de tensions et de destruction. Aux côtés d’une sélection de films en compétition, il propose un panorama de films sur un thème d’actualité ; chaque année un cinéaste français ou étranger est choisi pour être l’invité d’honneur.

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